Finalement, l’architecture est une profession dangereuse parce qu’elle constitue un mélange empoisonné d’impuissance et d’omnipotence […] Rem Koolhaas
Oui, galerie Terre d'Aligre, Paris, 2013.
lucileee* bach

investiture Sous l’impulsion de Myriam Bürgi, galeriste de terres d'Aligre, les deux bijoutières Marianne Anselin et Claire Marfisi m'ont rencontrée en amont de leur création. L’idée était de mettre ses deux artistes en réaction créative aux idées que je défends – je suis théoricienne du bijou, docteur en histoire de l’art et archéologie (Paris-Sorbonne), auteur de La Bague – Parcours artistique et symbolique (grand prix des Arts de la Sgdl en 2002).   J'observe et développe en effet l'idée qu’aujourd’hui chacun choisit de porter un bijou nettement plus en fonction de son histoire, de son style, de son idée de l’exhibition de sa personne, et moins pour la fabrication quelconque d’une “investiture” – selon le concept inventé par Pierre-Yves Balut à Paris-Sorbonne au Centre d’archéologie générale. Quant au bijoutier contemporain, dégagé pour une large part de la problématique du social, il se plaît à une expérimentation technique et conceptuelle décomplexée de son style, de son désir. La fonction sociale d’un ornement s'étant pourtant toujours principalement manifestée en lien (instituant) ou en rôle (institué), la problématique de travail avec les bijoutières de terres d'Aligre fut de réinvestir le domaine de la mise en “lien” (état civil, classe, statut), d'analyser ce que pourrait manifester, à la manière contemporaine, cet état sociologique de l'être.  Selon ce projet, les deux artistes ont approché et cherché à réanalyser artistiquement la notion “instituante” du concept médiationiste de la personne, choisissant de travailler autour de ce qui se crée, se produit ou se célèbre entre les êtres par le port ou le don d'un ornement : engagement ou appartenance selon une temporalité ou spatialité spécifique, un bijou que l’on s’offre ou se partage pour se lier, s’isoler ; pour célébrer ce qui lie l'être à un autre, mais aussi à son passé, à son désir, à son rêve, tout autant qu'à un groupe, à la nature, à une expérience, au renouvellement d’un sentiment, à sa rupture, à sa perte, à la mort. Autant de révélations de notre humanité, de nos manières d’éprouver nos émois, nos croyances, notre aspiration d’infini sur une palette allant de la sexualité à nos plus chastes émois, de notre appartenance au besoin de nous rendre différent, de poursuivre la vie face à l'absence, à la disparition. Une manière d’invoquer ornementalement notre humaine condition et de rendre au bijou son intense pouvoir de représentation, d’évocation ou de provocation dans ce qui rituellement nous relie, nous crée, nous constitue, nous rend éternellement présents. Notre besoin de célébration, notre désir de cérémonie de nos vies visibles ou invisibles sont impossibles à rassasier.   Curating à l’envers, exploration anthropologique, récréation-création ? L'accompagnement que j'ai mené avec les bijoutières sur près de six mois (avant de les “rendre” quelques semaines avant l'exposition à leur galeriste) s'apparente sans doute plus à de la maïeutique. Quoi qu’il en soit de cette mise en œuvre à l’épreuve de la réalité, les œuvres produites, très pertinentes, rendent un bel hommage à ce concept d’“investiture” que j'ai exploité dans ma thèse. Un essai construit sur les bases théoriques de ma recherche universitaire permettant d'analyser nouvellement le bijou dans son rapport social au vêtement et axiologique à l'art contemporain est d'ailleurs en cours.  Lucileee Bach Paris-Sorbonne août 2013


investiture
Sous l’impulsion de Myriam Bürgi, galeriste de terres d'Aligre, les deux bijoutières Marianne Anselin et Claire Marfisi m'ont rencontrée en amont de leur création. L’idée était de mettre ses deux artistes en réaction créative aux idées que je défends – je suis théoricienne du bijou, docteur en histoire de l’art et archéologie (Paris-Sorbonne), auteur de La Bague – Parcours artistique et symbolique (grand prix des Arts de la Sgdl en 2002).

J'observe et développe en effet l'idée qu’aujourd’hui chacun choisit de porter un bijou nettement plus en fonction de son histoire, de son style, de son idée de l’exhibition de sa personne, et moins pour la fabrication quelconque d’une “investiture” – selon le concept inventé par Pierre-Yves Balut à Paris-Sorbonne au Centre d’archéologie générale. Quant au bijoutier contemporain, dégagé pour une large part de la problématique du social, il se plaît à une expérimentation technique et conceptuelle décomplexée de son style, de son désir. La fonction sociale d’un ornement s'étant pourtant toujours principalement manifestée en lien (instituant) ou en rôle (institué), la problématique de travail avec les bijoutières de terres d'Aligre fut de réinvestir le domaine de la mise en “lien” (état civil, classe, statut), d'analyser ce que pourrait manifester, à la manière contemporaine, cet état sociologique de l'être.
Selon ce projet, les deux artistes ont approché et cherché à réanalyser artistiquement la notion “instituante” du concept médiationiste de la personne, choisissant de travailler autour de ce qui se crée, se produit ou se célèbre entre les êtres par le port ou le don d'un ornement : engagement ou appartenance selon une temporalité ou spatialité spécifique, un bijou que l’on s’offre ou se partage pour se lier, s’isoler ; pour célébrer ce qui lie l'être à un autre, mais aussi à son passé, à son désir, à son rêve, tout autant qu'à un groupe, à la nature, à une expérience, au renouvellement d’un sentiment, à sa rupture, à sa perte, à la mort. Autant de révélations de notre humanité, de nos manières d’éprouver nos émois, nos croyances, notre aspiration d’infini sur une palette allant de la sexualité à nos plus chastes émois, de notre appartenance au besoin de nous rendre différent, de poursuivre la vie face à l'absence, à la disparition. Une manière d’invoquer ornementalement notre humaine condition et de rendre au bijou son intense pouvoir de représentation, d’évocation ou de provocation dans ce qui rituellement nous relie, nous crée, nous constitue, nous rend éternellement présents. Notre besoin de célébration, notre désir de cérémonie de nos vies visibles ou invisibles sont impossibles à rassasier.

Curating à l’envers, exploration anthropologique, récréation-création ? L'accompagnement que j'ai mené avec les bijoutières sur près de six mois (avant de les “rendre” quelques semaines avant l'exposition à leur galeriste) s'apparente sans doute plus à de la maïeutique. Quoi qu’il en soit de cette mise en œuvre à l’épreuve de la réalité, les œuvres produites, très pertinentes, rendent un bel hommage à ce concept d’“investiture” que j'ai exploité dans ma thèse. Un essai construit sur les bases théoriques de ma recherche universitaire permettant d'analyser nouvellement le bijou dans son rapport social au vêtement et axiologique à l'art contemporain est d'ailleurs en cours.

lucileee* bach
Paris-Sorbonne
août 2013


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